L'évolution de Chicago en images

Chicago, comme la plupart des grandes villes américaines, a la particularité d’avoir profondément évolué et à très grande vitesse lors de sa courte existence ! A la différence de villes européennes comme Paris, Londres ou Rome, Chicago et les autres grandes villes américaines se sont étendues et surtout étirées vers le ciel alors que les premiers appareils photos existaient déjà (Instagram, lui s’est un peu fait désirer). Quoi qu’il en soit, ces clichés anciens nous permettent d’être les témoins des évolutions de la ville, joli privilège !

Les images de Chicago à travers le temps

Vue sur les gratte-ciel, en 1973 puis 2012


Sur la première photo apparaissent les premier et troisième plus haut buildings de la ville, tous deux achevés lors de la prise de la photo en 1973. Sur la droite, la Willis Tower (anciennement Sears Tower) a été le plus haut gratte-ciel au monde pendant 25 ans avant d’être détrôné en 1998 par les Tour Petronas de Kuala Lumpur. Ah ces malaisiens ! Il est cependant resté le plus haut building des Etats-Unis 15 ans de plus, puisqu’il a fallu attendre la construction du One World Trade Center à New York en 2013 pour qu’il se fasse ravir la première place !

Sur la gauche, la Aon Tower (anciennement Standard Oil Tower, puis Amoco Tower) devait se sentir bien seule… La zone où elle fut érigée appartenait à la compagnie de chemin de fer Illinois Central Railroad. Pour la rejoindre, des rails longeaient alors le lac Michigan, ce qui a créé une barrière infranchissable et empêché tout développement de la ville le long du lac ! Il a fallu attendre le démantèlement et l’enfouissement des rails à partir de la moitié du XXème siècle pour encourager les projets immobiliers et lui trouver des ami(e)s !

En glissant vers la photo de 2012, apparaît le deuxième plus haut building de Chicago (et troisième des Etats-Unis) : la Trump International Hotel and Tower, achevé en 2009. Son propriétaire, le nouveau président Donald Trump, avait en toute modestie pour ambition, lors de sa conception en 2001, d’en faire le plus haut gratte-ciel au monde avec plus de 600m de hauteur. Les attentats du 11 septembre l’ont cependant décidé à en réduire la taille afin de ne pas risquer d’attirer une autre attaque terroriste. Sage décision…

La skyline de Chicago depuis le lac Michigan, en 1926 puis 2011

Difficile de se repérer, n’est ce pas ? Le changement est spectaculaire ! Inutile de sortir Google Map, vous pouvez vous aider de la Metropolitan Tower, construite en 1924 sous le nom de Straus Building et donc présente sur les deux photos. Elle se situe au quart gauche des photos et est reconnaissable par son toit d’aspect triangulaire. Si elle vous semble ridicule à côté des mastodontes plus modernes, elle mesure tout de même 144m et fut en son temps le plus haut bâtiment de la ville ! Sur la photo de 2011, les tours Willis, Aon et Trump dominent fièrement la célèbre skyline.

Cela va sans dire que les choses ont bien changé sur le rivage. Cependant, la trajectoire de cette évolution n’a pas été linéaire et la façade de la ville sur le lac aurait pu être tout autre. La partie du rivage correspondant aujourd’hui à Grant Park avait été pensée dès 1836 comme « un lieu public devant demeurer à jamais libre de toute construction ». Bon, c’est raté… Les conditions climatiques difficiles engendrées par le lac Michigan ont eu raison de ce vœu pieux. En effet, les habitations étaient constamment abîmées par les tempêtes et par les vagues alimentées par le vent. La solution a été de faire passer en 1852 le chemin de fer à 100m du rivage sur une sorte de digue créée pour l’occasion. Tout le monde était content, les habitants étaient protégés et la compagnie de chemin de fer avait accès à Chicago sans avoir dû acheter à grand frais des terrains sur la terre ferme. What a wonderful world !

A la suite du Grand Incendie de 1871, il a été jugé bien pratique de pouvoir jeter les débris directement dans ce lagon artificiel, jusqu’à ce qu’il fût entièrement rempli et qu’une presqu’île soit même gagnée sur le lac (la lutte de la montée des eaux version Chicago !). Cette « tradition » a perduré dans les années qui suivirent, puisque les gravas issus du percement des tunnels de la ville ont également fini dans le lagon. Les rails se sont rapidement étendus avec le développement économique de la ville et avec la création de la gare de passagers Central Station au bord de la Chicago River (démolie en 1974). Vers le milieu du XXème siècle, les rails ont été recouverts et progressivement, tout doucement diront certains, Grant Park a pris de l’ampleur. Parti de rien en 1844, il a peu à peu gagné du terrain, sur l’eau comme sur les rails. Son combat n’est d’ailleurs pas fini puisque subsistent encore des voies ferrées à ciel ouvert. La dernière extension date de 2004 avec la création du célèbre Millenium Park et de son Cloud Gate (ou Bean, pour les intimes…).

Le Navy Pier depuis le lac, en 1984 puis 2013

Le Navy Pier a été construit à partir de 1914 avec pour objectif d’accompagner le développement économique de Chicago. D’une longueur de plus d’un kilomètre, il était censé accueillir des docks, des terminaux passagers et marchandises, ainsi que des espaces d’expositions. Cependant, il a presque immédiatement dû changer de fonction à cause de la guerre en Europe. Le Navy Pier a alors servi de camp d’entraînement pour les soldats et marins américains appelés à combattre. Il doit d’ailleurs son nom à cette fonction militaire, étant à l’origine sobrement nommé « municipal pier ». Oui, ça sonnait un chouilla moins hollywoodien…

Pendant l’entre-deux-guerres, le Pier a momentanément été transformé en base de loisir, avant de redevenir un camp d’entraînement pendant la deuxième guerre mondiale. A priori c’était mieux de ne pas mélanger les deux, allez savoir pourquoi ! Deux porte-avions ont été arrimés à la Navy Pier et c’est à cet endroit que s’entraînaient et étaient formés les pilotes de la Navy. Il est estimé qu’à tout moment, plus de 10 000 personnes y vivaient et travaillaient, et qu’un total de 75 000 personnes s’y sont succédé. Le chiffre de 116 000 appontages d’entraînement est même avancé, soit plus de 80 par jour pendant la durée de la guerre. Avec tous ces engins dans le ciel, les habitants de Chicago ont dû payer de leur audition leur participation à l’effort de guerre !

Après la guerre, le Navy Pier accueille une partie de l’Université de Chicago et est utilisé afin d’organiser des conférences et expositions. La foire internationale de Chicago en 1959 s’y déroule. Néanmoins, à partir du départ de l’université dans les années 1960s, le Navy Pier commence à tomber progressivement en ruines. Le lieu fut sauvé de l’oubli en accueillant les festivités de Chicago pour le bicentenaire des Etats-Unis. Face au potentiel du Pier, de grands travaux ont été entrepris et se sont poursuivis jusque dans les années 1990s.

Le Navy Pier a aujourd’hui retrouvé sa splendeur d’antan et est une base de loisir de premier choix pour la population de Chicago. On y trouve des théâtres, un cinéma IMAX, une grande roue de 46m de haut, un musée, en plus d’une halle d’exposition ainsi que d’espaces de congrès et de réception. Bref, c’est canon.

Vue sur le Michigan Avenue Bridge, en 1931 puis 2006

Le pont de Michigan avenue, au premier plan, fut achevé en 1920. Il s’agit d’un pont levant à bascule permettant, au siècle dernier, le passage des cargos qui naviguaient sur la Chicago River. Ce pont a été conçu afin de relier les parcs situés au nord et au sud de la ville par un grand boulevard, plutôt malin ! Il servait à l’origine à laisser passer les nombreux cargos et ferries qui croisaient dans les grands lacs. Ils venaient apponter plus en amont dans la rivière et le pont était du coup actionné près de 10 fois par jour. Ca sent la tendinite ! Il ne sert aujourd’hui qu’au printemps et à l’automne, à deux reprises par semaine, pour autoriser le passage des voiliers qui passent l’hiver dans leurs hangars en amont de la rivière et l’été sur le lac.

Derrière, se situe le Wrigley Building, dont la conception a débuté lors des derniers travaux sur le pont, construit en 1924 pour servir de siège à l’entreprise de chewing-gum du même nom. A cette date, le Wrigley Building était le seul immeuble de bureaux important au nord de la Chicago River. Face à lui s’est construite l’année suivante la Tribune Tower, sur commande du journal Chicago Tribune.

On aperçoit sur la photo de 2006 le début de la construction du Trump International Hotel dont nous avons déjà parlé, il est décidément devenu difficile de parler d’urbanisme sans évoquer le président des Etats-Unis…


Source: le Rent Cafe Blog (lien en anglais)