La présence française en Amérique !
(Last Updated On: 6 juillet 2018)

La France et le français ont une longue histoire avec les Etats-Unis. Une histoire complexe, profonde, parfois tragique, qu’il est difficile de résumer en quelques phrases. Nous allons tenter de remonter à la source de la présence française aux Etats-Unis.

De 1534 à 1763 la France a directement possédé des colonies sur le territoire de l’Amérique du Nord qui correspond aujourd’hui aux Etats-Unis et au Canada. Ce territoire s’appelait, en toute modestie, la Nouvelle-France et était composé officiellement de quatre colonies :

  • Terre-Neuve, l’Acadie, et le Canada (qui deviendra la province du Québec) dans ce qui correspond aujourd’hui au Canada;
  • la Louisiane, séparée en Haute Louisiane (avec les sous-régions du Pays des Illinois et de la Vallée de l’Ohio) et Basse Louisiane, dans le territoire actuel des Etats-Unis.

Notons qu’une partie de ce qui correspond aujourd’hui à l’état des Etats-Unis du Maine faisait alors partie de l’Acadie, aujourd’hui canadienne, et que la région US des Grands-Lacs était incluse dans une zone du Canada français nommé le Pays d’en Haut. Inversement, nous pouvons chipoter et dire que l’extrême nord de la Louisiane fait aujourd’hui partie du Canada. Perturbant, n’est-ce pas ?

Carte représentant les territoires d'Amérique du Nord ayant, en 1750, à un moment ou un autre été français (en bleu)
Carte représentant les territoires d’Amérique du Nord ayant, en 1750, à un moment ou un autre été français (en bleu)

Parallèlement à ces colonies continentales, la France était également présente dans la région avec les Antilles, tout particulièrement sur l’île de Saint Domingue à partir de 1627. Elle y demeurera jusqu’à l’indépendance de Saint-Domingue et la création d’Haïti en 1804 !

L’énorme majorité de l’influence française aux Etats-Unis provient donc de ces deux entités : Nouvelle-France et Saint Domingue. Cette influence est bien évidemment essentiellement culturelle et s’exprime aujourd’hui à travers des éléments linguistiques, traditionnels et historiques. Si le français est une langue en recul sur l’intégralité des Etats-Unis, il existe encore aujourd’hui sous de nombreuses formes et à des endroits différents. Le, ou plutôt les français de Louisiane est sans conteste le plus connu, mais avez vous déjà entendu parler du français Muskrat ou du français Métchif ? Saviez vous également que l’alsacien était parlé au Texas ? Si si !

C’est cette H(h)istoire que nous allons tâcher de vous raconter à travers cet article.

Les débuts de la Nouvelle-France : 1534 – 1712

Aux origines de la Nouvelle-France, se trouve la volonté de trouver le fameux passage par l’Ouest pour l’Inde et la Chine, en cherchant plus au nord que les concurrents. Très tôt, dès 1508, des pécheurs de morue français rencontrent des amérindiens dans la région de Terre Neuve.

Une colonisation saisonnière

En 1534, Jacques Cartier est envoyé par le roi pour explorer plus en profondeur cette région et en prend officiellement possession au nom du roi de France ! Du premier voyage de Jacques Cartier au début du siècle suivant, de nombreuses tentatives de colonisation ont lieu. Cependant, aucune d’entre elles n’arrive à se maintenir, les colonies étant décimées dès le premier hiver par manque de ravitaillement, à cause des conditions climatiques extrêmes, ou suite à de mauvaises relations (pardonnez l’euphémisme…) avec les amérindiens. La présence française en Amérique du Nord est alors saisonnière, ce sont les pêcheurs  qui y résident. C’est à leur retour au port qu’ils rendent compte de la présence massive d’un animal qui allait tout déclencher : le castor !

Le castor

Un castor
Un castor

La fourrure du castor était particulièrement recherchée en Europe, et un certain Samuel de Champlain décide de créer un établissement permanent afin de faciliter le commerce des peaux de castors. Cet établissement est la ville de Québec, fondée en 1608. Dès son arrivée, Champlain s’allie avec les tribus présentes aux alentours du Saint Laurent pour s’approvisionner en fourrures, à savoir les Hurons et les Algonquins. Cette alliance a un prix : Champlain accepte de les soutenir contre leurs ennemis Iroquois !  Toute la politique indienne de la France en Amérique sera basée sur cette alliance, d’autant plus que les hollandais et anglais s’allieront à l’inverse avec les iroquois pour sécuriser leur approvisionnement en fourrures. A chacun son camp !

Les premiers colons

Carte de la Nouvelle France en 1612 par Samuel de Champlain
Carte de la Nouvelle France en 1612 par Samuel de Champlain

Champlain est le grand artisan de la colonisation française ! Il convainc des colons de s’implanter au nouveau monde, et, surtout, recrute des missionnaires. Samuel de Champlain et les premiers missionnaires explorent la région, s’enfonçant de plus en plus profondément dans les terres. Champlain atteint le lac Huron ainsi que le sud du lac Ontario avant les années 1620 et d’autres villes sont créées afin de se rapprocher de la source d’approvisionnement en fourrures (Trois Rivières en 1634, Ville-Marie, la future Montréal en 1642, etc.).

A cette date, la présence française en Amérique n’est que commerciale. On ne dénombre pas plus de 500 français alors que plus de 30 000 anglais résident de façon permanente plus au sud ! Réalisant cela, les autorités royales assistées par les religieux, changent de stratégie en décidant de peupler le territoire et d’évangéliser les amérindiens. Depuis la France, Louis XIV envoie donc un millier de femmes afin de peupler la colonie et un régiment de soldats pour en assurer la sécurité.

Les grandes explorations

Carte du Mississippi de 1681 reprenant d'après le voyage de 1673 de Marquette et Jolliet
Carte du Mississippi de 1681 reprenant d’après le voyage de 1673 de Marquette et Jolliet

A partir des années 1640s et jusqu’à la fin du siècle, les iroquois vont mener une guerre sans merci aux hurons et aux français ! Cette guerre franco-iroquoise, délicieusement nommée Guerre du Castor par les anglais, n’empêchera pas la poursuite de l’exploration du territoire. Dès 1611, Etienne Brûlé séjourne avec les hurons afin d’apprendre leur langue et leurs coutumes. Il s’aventurera plus profondément dans la région des grands lacs que n’importe quel européen avant lui ! A sa suite, Jean Nicolet explora le lac Supérieur en 1634 et installa un premier comptoir sur les bords du lac Michigan. De là, les explorateurs ont été secondés par les missionnaires qui établirent des missions autour des grands lacs. En 1668, les missionnaires Jacques Marquette et Claude Dabon fondent la ville de Sault-Saint-Marie, aujourd’hui située dans le Michigan et considérée comme l’une des villes les plus anciennes des Etats-Unis. Sur le site du comptoir de Nicolet, au bord du lac Michigan, les jésuites vont créer en 1671 une mission, puis un fort, qui évoluera en la ville actuelle de Green Bay.

En 1673, les missionnaires Jacques Marquette et Louis Jolliet sont les premiers européens à voir le Mississippi ! Ils avaient entendu parler d’un grand fleuve par les amérindiens et ont été chargés de le découvrir. Leur expédition de sept hommes et de deux canoës les a emmenés 2 000 km vers le sud depuis les rives du lac Michigan. Il leur restait plus de 1 000 km à parcourir avant d’atteindre l’embouchure mais, ayant rencontré des amérindiens hostiles équipés de matériel espagnol, ils ont préféré rebrousser chemin plutôt que risquer de tomber entre les mains d’ennemis de la France.

Quelques années plus tard, une expédition menée par René-Robert Cavelier de la Salle descend le Mississippi et atteint en 1682 le Golfe du Mexique. Cavelier de la Salle prend possession de cette grande région et la nomme la Louisiane en l’honneur du roi Louis XIV !

La fortification du territoire

Plus de 150 forts ont été construits sur le territoire de la Nouvelle France
Plus de 150 forts ont été construits sur le territoire de la Nouvelle France

Par la suite, l’exploration et la fortification de la zone se poursuit. A partir des années 1680, l’explorateur Nicolas Perrot va fonder plusieurs forts dans ce qui correspond aujourd’hui à l’état du Wisconsin. Signalons la construction du Fort Chécagou en 1685 à l’emplacement de la future ville de Chicago, elle même créée des années plus tard par le français Jean Baptiste Pointe du Sable ! Cinq années plus tôt, Cavelier de la Salle avait fondé un fort à l’endroit où se situe aujourd’hui la ville de Memphis. En 1701, Antoine Laumet de la Mothe-Cadillac va fonder le Fort du Détroit de Pontchartrain, lequel va devenir, vous le voyez venir, la ville de Détroit ! C’est d’ailleurs en l’honneur du fondateur de sa ville, que le constructeur de voitures Cadillac tirera son nom.

Au début des années 1710, la Nouvelle-France atteint son apogée et possède une véritable structure puisque jusqu’à 150 forts seront créés ! Partie un siècle plus tôt de ce que l’on nomme alors le Canada, elle s’est étendue vers la région des Grands-Lacs qu’on appelle le Pays du Haut. A partir de là, en descendant vers le sud, une nouvelle colonie a été fondée : la Louisiane, elle même composée au nord de la Vallée de l’Ohio et du Pays des Illinois. A l’est du Canada, les colonies de Terre Neuve et d’Acadie prospèrent sur les côtes de l’Atlantique.

La consolidation de la Louisiane : 1712 – 1763

En 1713, la France ne sort pas exactement vainqueur de la Guerre de succession d’Espagne. Si Louis XIV négocie le trône d’Espagne pour son petit fils, cela se fait au prix de Terre Neuve et de l’Acadie qui sont remises au Roi d’Angleterre. Néanmoins, la France conserve la majorité du Canada et la Louisiane ! De nombreux forts sont créés dans la Louisiane, le long du Mississippi ou sur la côte. Signalons notamment la création de la Nouvelle Orléans par l’explorateur Jean Baptiste Le Moyne de Bienville qui reconnait la côte du Golfe du Mexique en 1718.

La tragédie des acadiens

Estampe illustrant l’exil des Acadiens de Grand-Pré, Rea. Bibliothèque et Archives Canada
Estampe illustrant l’exil des Acadiens de Grand-Pré, Rea. Bibliothèque et Archives Canada

Si la Louisiane française se développe, les habitants francophones de l’Acadie sont livrés à eux mêmes. Les anglais ont tenté de les soumettre dès qu’ils sont entrés en possession de l’Acadie en 1713. Ayant refusé de leur prêter allégeance pendant des décennies, une solution radicale a finalement été décidée en 1755 : leur déportation. Les anglais ont emmené l’intégralité de la population vers leurs 13 colonies en prenant bien soin de séparer les familles et de les répartir sur tout le territoire.

Mal reçus dans les colonies britanniques, certains acadiens ont été envoyés prisonniers en Angleterre, d’autres ont pu rejoindre la possession française de Saint Domingue, mais de nombreux acadiens ont rejoint en 1764 la Louisiane. Les acadiens envoyés en Angleterre ont par la suite été remis à la France, d’où certains d’entre eux ont pu embarquer à leur tour pour la Louisiane en 1785.

La situation était alors assez particulière… Si la langue parlée était officiellement la même, les acadiens de Louisiane étaient profondément différents des francophones qui y vivaient déjà. Ceux-ci, les créoles, étaient nés sur place, leurs ancêtres étant venus du Canada par le Mississippi. Les acadiens, eux, avaient évolué à des milliers de kilomètres de là et n’avaient pas grand chose en commun avec les créoles. Rajoutons que les acadiens étaient profondément marqués par le traumatisme de la déportation qu’ils avaient vécue en tant que peuple. Les différences étaient telles que les deux populations ont eu de réelles difficultés à se mélanger. Les acadiens sont d’abord devenus les cadiens, avant d’évoluer en cajuns dans la langue anglaise.

The French and Indian War

Scène de la Guerre de la Conquête, gravure sur bois de Alfred Bobbett vers 1770-1780
Scène de la Guerre de la Conquête, gravure sur bois de Alfred Bobbett vers 1770-1780

Dans les années 1750, la France se retrouve engluée en Europe dans la Guerre de Sept ans, ainsi que dans son pendant américain nommé la Guerre de la Conquête (ou la French and Indian War par les américains). Les français et leurs alliés hurons, algonquins, etc., combattent les anglais et les iroquois. La guerre tourne à l’avantage des anglais et le traité de Paris de 1763 attribue l’intégralité des possessions françaises en Amérique du nord (à l’exception des petites îles de Saint Pierre et Miquelon) au Royaume-Uni et à l’Espagne. S’en est fini des colonies françaises, mais la population est bien trop nombreuse pour être remplacée ! L’ancien Canada français devient la Province du Québec, toujours farouchement francophone de nos jours, et la population de la Louisiane, bien qu’officiellement sous domination anglais et espagnole, reste autorisée à parler sa langue et pratiquer ses coutumes.

Ainsi, les français Pierre Laclède et René-Auguste Chouteau peuvent fonder la ville de Saint Louis, dans ce qui est aujourd’hui l’état du Missouri, en 1764. Ils l’administrent pendant plusieurs années avant les anglais n’en prennent officiellement possession.

Les réfugiés de Saint-Domingue

Les français esclavagistes fuient Saint Domingue au moment de la révolte des esclaves, auteur inconnu, vers 1815
Les français esclavagistes fuient Saint Domingue au moment de la révolte des esclaves, auteur inconnu, vers 1815

Alors que la France perdait la Louisiane et le Canada, elle conservait ses possessions dans les Antilles, notamment Saint Domingue. L’île était devenue importante, particulièrement à travers la production de coton, mais toute son économie était basée sur l’esclavage. Alors que la révolution française interdit l’esclavage en 1794, les planteurs refusent et le rétablissent en s’alliant aux anglais. Les esclaves se révoltent alors sous le commandement de Toussaint Louverture, et finissent par définitivement chasser les français après l’échec de l’expédition napoléonienne de 1803 ! L’île devient indépendante sous le nom de Haïti la même année.

Dès le début de la révolte en 1794, 6 500 personnes avaient fui l’île et s’étaient installées en Louisiane ou sur la côte est des Etats-Unis nouvellement créés. En 1798, après les victoires de Toussaint Louverture, d’autres français préfèrent émigrer en Louisiane, s’installant quelque 400 km au nord de la Nouvelle Orléans, dans ce qui correspond aujourd’hui à l’état du Mississippi. Finalement, à la suite de l’échec de l’expédition de Saint Domingue en 1803, le reste des français va s’installer en Louisiane ou à Cuba. Les quelque 10 000 français qui s’étaient dirigés vers Cuba seront expulsés en 1809 après que Napoléon a essayé d’installer son frère sur le trône d’Espagne, et rejoindront finalement les autres en Louisiane.

En 1810, la Louisiane se retrouve alors dans une situation assez particulière. Habitée à la base par des français arrivés du Canada et leurs descendants, ils sont donc rejoints par les cadiens à partir de 1764, puis par les nombreux réfugiés de Saint Domingue. La ville de la Nouvelle Orléans passe de 8 500 habitants en 1805 au double en 1809 après avoir accueilli plus de 9 000 réfugiés. Au final, en 1810 la ville compte 25 000 habitants dont seulement 3 000 sont anglophones, alors que la ville n’est plus française depuis longtemps !

Les autres implantations de français aux Etats-Unis

Si le fleuve Mississippi, de la région des grands lacs jusqu’à son embouchure, représente le cœur de la colonisation française aux Etats-Unis, d’autres foyers de peuplement ont existé.

Les tentatives des huguenots

La construction de Fort Caroline par les Huguenots, illustration tirée de l'Histoire de la Marine, de la voile à l'atome, de Philippe Masson
La construction de Fort Caroline par les Huguenots, illustration tirée de l’Histoire de la Marine, de la voile à l’atome, de Philippe Masson

Très tôt, dès 1562, des huguenots (les français protestants qui étaient opposés aux catholiques pendant les guerres de religion) ont souhaité s’exiler pour trouver la paix et ont tenté d’établir une colonie outre-atlantique. L’emplacement de cette colonie, dirigée par Gaspard de Coligny, se trouvait à Charlesfort, dans l’actuelle Caroline du Sud. Cette tentative fut un échec à cause des mauvaises relations avec des amérindiens locaux qui ont repoussé les français à la mer. Deux ans plus tard, Coligny retenta de créer une colonie un peu plus au sud, à Fort Caroline, à l’emplacement actuel de Jacksonville, en Floride. Cette nouvelle tentative d’une Floride française fut à nouveau un échec, les espagnols ayant refusé la colonie et massacré l’intégralité de la population.

Cependant, des réfugiés huguenots retourneront vers les côtes des colonies anglaises après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685. Ainsi, une cinquantaine de huguenots débarquent en 1687 à Charleston, en Caroline du Sud. Ils y fondèrent le quartier français qui existe toujours aujourd’hui. Notons que ces français protestants n’ont pas vu d’un bon œil l’arrivée des déportés acadiens catholiques en 1764 et ont participé à leur expulsion vers l’Europe ou la Louisiane.

De Saint Domingue vers la côte est

Illustration d'esclaves, La vieille plantation, peinture par John Rose, vers 1785-1795
Illustration d’esclaves, La vieille plantation, peinture par John Rose, vers 1785-1795

Bien plus tard, au moment de la fuite de Saint Domingue, de nombreux français se sont installés sur le territoire des Etats-Unis. En Géorgie par exemple, les français étaient appréciés suite à l’aide apportée par les militaires français en poste à Saint Domingue lors du Siège de Savannah pendant la Guerre d’indépendance. La Géorgie fut donc logiquement un point de chute pour les réfugiés, qui y ont amené avec eux la culture du coton et leurs esclaves pour le récolter. Depuis les côtes, les planteurs français ont par la suite remonté le fleuve Savannah et participé à la diffusion du coton à l’intérieur de la Géorgie.

Dans les années 1790, plus de 4 000 français de Saint Domingue ont fui vers le nord des Etats-Unis, s’installant notamment à Wilmington, dans le Delaware et à la toute proche Philadelphie, en Pennsylvanie. Ils n’ont pas été très bien reçus à Philadelphie, essentiellement dû au fait que les réfugiés ont apporté avec eux une épidémie de fièvre jaune… Cependant, les nombreux esclaves emmenés par les français leur ont également causé du tort, la loi de Pennsylvanie obligeant les propriétaires d’esclaves à les libérer au bout de six mois. A l’inverse, les réfugiés français de Wilmington sont passés à la postérité pour avoir créé l’entreprise DuPont de Nemours, aujourd’hui multinationale dans de nombreux domaines scientifiques. Les descendants des réfugiés de Wilmington se sont aussi illustrés lors de la conquête de l’Ouest, en participant au développement du Kansas et du Missouri.

Les officiers napoléoniens en exil

"Les travaux d'Aigleville capitale des Etats de Marengo sur les bords du Tombechbé commandés par le general Lefebvre Desnouettes", gravure de Charles Abraham Chasselat, 1819
« Les travaux d’Aigleville capitale des Etats de Marengo sur les bords du Tombechbé commandés par le general Lefebvre Desnouettes », gravure de Charles Abraham Chasselat, 1819

Des années plus tard, des réfugiés de Philadelphie et des généraux de Napoléon en exil ont obtenu du gouvernement américain l’autorisation de créer une société agraire dans l’Alabama. C’est ainsi qu’en 1817, des français créent les villes de Demopolis, d’Arcola (en honneur à la victoire napoléonienne d’Arcole) et d’Aigleville (en rapport à l’aigle, emblème de l’empire de Napoléon), dans l’Alabama. Ces français ont tenté de créer la Société coloniale de la vigne et de l’olivier, laquelle a échoué. L’époque était au coton, et non pas à la culture de la vigne. Les français ont fini par abandonner l’Alabama, retournant en France ou à la Nouvelle Orléans. Leur histoire n’a cependant pas été oubliée ! Les américains ont ainsi nommé la zone où ils s’étaient installés Marengo County (du nom de la victoire de Marengo par Napoléon), puis ont baptisé la capitale de ce comté Linden, en honneur à la victoire napoléonienne de Hohenlinden.

De façon similaire, les Etats-Unis ont autorisé plusieurs centaines d’officiers napoléoniens en exil et d’anciens militaires de Saint Domingue à s’installer dans une colonie nommée Champ D’asile, au Texas, dans une zone disputée entre les espagnols et les américains. Les français y ont alors fondé quatre forts, avant que le gouvernement des Etats-Unis ne cède aux revendications espagnoles et ne demandent aux français de quitter les lieux pour s’établir quelque part en Alabama.

L’alsace texane !

Toujours au Texas, mais quelques décennies plus tard pendant la période de l’éphémère République du Texas, un français naturalisé américain, Henri Castro, a réussi à convaincre des douzaines de familles alsaciennes d’émigrer au Texas. Au total, Henri Castro a emmené 2 100 colons dans ce qui allait devenir la ville de Castroville. Aujourd’hui encore, environ la moitié de la population de la ville descend des français, et certains parmi les anciens sont toujours capables de parler l’alsacien !

Ce qu’il reste des épopées françaises sur le territoire des Etats-Unis

Cela fait bien longtemps que la France n’a plus gouverné un territoire américain. En 1800, Napoléon avait certes obtenu la restitution par les espagnols de la Louisiane, mais ne voyant pas l’intérêt de la conserver alors que le joyaux français de Saint Domingue avait été perdu, il décida de la vendre aux jeunes Etats-Unis.

La toponymie

Ce qu’il reste aujourd’hui de la présence française, c’est bien évidemment la toponymie des lieux qu’ils ont occupés. Dans la région des Grands-Lacs, de nombreuses villes portent les noms d’explorateurs français. Mentionnons Duluth (Minnesota), Marquette (Michigan), ou Dubuque (Iowa). D’autres villes portent également des noms évidemment donnés par les Français, de Eau Clair (Minnesota) à Des Moines (Iowa), tout comme des lieux naturels tels que la rivière Des Plaines (Illinois) ou la Prairie du Chien (entre l’Iowa et le Wisconsin). Cette présence est renforcée dans le sud par les villes créées par les français sur le Mississippi, de St Louis à Baton Rouge et la Nouvelle Orléans.

LES français !

Panneau de signalisation bilingue en Louisiane
Panneau de signalisation bilingue en Louisiane

L’autre élément majeur illustrant la présence française est l’usage du français, ou plutôt des français ! En effet on dénombre plusieurs poches de locuteurs francophones dans des endroits isolés les uns des autres. Si la Louisiane vient immédiatement en tête, soulignons tout de même que le français qui y est parlé n’est pas unitaire ! On va y retrouver le créole, qui a évolué à partir du français importé en descendant le Mississippi et qui a subit l’influence des langues maternelles des autres populations de Louisiane. On trouve également en Louisiane le français cadien, qui descend directement des acadiens de l’est du Canada. Et finalement, le peuple amérindien des Houmas, formé d’à peu près 15 000 personnes, parle encore le français que leur ont appris les colons du XVIIIème siècle !

Quant au français de Nouvelle Angleterre, il est lui même différent des français de Louisiane. On trouve en effet en Nouvelle-Angleterre un français proche du québécois à la suite des migrations économiques vers les Etats-Unis à la fin du XIXème siècle. Cependant, subsistent par endroit des poches de francophones descendant directement de réfugiés acadiens, notamment dans le nord du Maine.

Sachez également que la langue française a longtemps subsisté dans le Missouri, avec ses propres variantes, où elle est aujourd’hui sur le point de disparaître. Dans la région de Détroit, subsiste ce qu’on appelle le français Muskrat, qui provient des poches francophones de l’Ontario, essentiellement à travers des pratiques culinaires ou culturelles. Finalement, mentionnons le métchif, un langage issu du métissage linguistique entre colons français et amérindiens, parlé par quelques centaines de personnes dans une unique réserve indienne du Dakota du Nord .

2 000 000 de francophones

A travers la langue et ses évolutions, on aperçoit la réalité des deux millions de francophones des Etats-Unis et des descendants directs des colons français : il s’agit avant tout d’une identité culturelle, familiale et historique qui est bien éloignée de l’ancienne puissance coloniale.